Logement, dettes, accès aux droits : le dispositif “Allo ? Aide sociale” révèle une précarité qui s’installe durablement dans la capitale de l’Europe

Le dispositif “Allo ? Aide sociale” permet, grâce aux conseils dun·e professionnel·le de laction sociale associative, dinformer et dorienter gratuitement toute personne habitant la Région bruxelloise vers les services du réseau social/santé bruxellois. Avec plus de 2700 appels reçus entre juillet 2024 et décembre 2025, le recours au numéro vert augmente en continu depuis 3 ans. Le neuvième bilan des appels sappuie sur des données quantitatives et qualitatives et dresse le portrait des difficultés rencontrées par les Bruxellois·es.

L’examen des tendances et des évolutions des appels de ces trois dernières années permet de poser le constat que certaines problématiques s’aggravent, qu’elles sont à l’origine d’une nette précarisation de la population, qu’elles s’accompagnent très souvent de difficultés liées à la santé – physique et mentale – et d’une détérioration des relations au sein des foyers.

Les problèmes de logement sont particulièrement présents au bout du fil : ils concernent un appel sur 4. De plus en plus de Bruxellois·es vivent à court-terme dans des logements transitoires (chez un·e proche, dans un centre d’accueil, etc.) et ne savent pas si le lieu où ils/elles dorment, se nourrissent, élèvent leurs enfants sera le même dans une semaine ou dans un mois. L’écart entre le coût du logement et les moyens disponibles se creuse et explique la multiplication des situations de mal-logement.

Monsieur a besoin d’aide pour sa recherche de logement, il est salarié avec un salaire net de 2000 euros par mois mais n’arrive pas à trouver un logement à un prix abordable pour lui et sa fille. Il est parent isolé avec son enfant. [1]

L’impossibilité à trouver un logement à prix abordable, adapté (en taille et aménagement) et de qualité va de pair avec une détérioration de la santé mentale et physique des personnes. En corolaire, l’apparition et l’installation de tensions et violences familiales, des revenus qui s’étiolent… Les femmes sont largement surreprésentées parmi les témoignages reçus au numéro vert, de personnes affectées par les violences intrafamiliales (72%) et intraconjugales (90%), dont une grande partie s’inscrivent dans les situations de mal-logement.

Les obstacles administratifs aux droits et aux aides. À force de conditionner et de restreindre les aides et les droits sociaux, il devient de plus en plus complexe d’y avoir accès. Plus de 500 appels proviennent de personnes éligibles à certaines aides, mais dont l’accès est devenu trop compliqué, notamment à cause de la saturation des services, des critères restreints, des barrières administratives et numériques. C’est un chiffre en nette hausse : il est 41% plus élevé qu’en 2023.

Madame paye une assurance qu’elle ne comprend pas, elle voudrait comprendre. Par ailleurs, elle a des documents à envoyer au foyer pour faire valoir ses droits mais elle ne parvient pas à les joindre. Madame est invalide, c’est impossible pour elle d’aller sur place.

D’autres problématiques attirent particulièrement l’attention à l’analyse des données : c’est le cas de personnes en situation de (sur)endettement. À ce jour, les services bruxellois de médiation de dette sont saturés de demandes de personnes dans l’incapacité de payer des factures. Contrairement aux clichés liant l’endettement à la contraction de crédits, l’endettement des bruxellois·ses concerne les postes de dépenses élémentaires de la vie quotidienne, à savoir les factures d’énergie, d’eau, d’hôpitaux, de transports publics, d’école, etc., démontrant que, trop souvent, les revenus sont structurellement insuffisants pour pouvoir se loger, se soigner, s’alimenter, éduquer ses enfants.

Monsieur a des dettes (amendes routières, dette vis-à-vis du CPAS). Monsieur cherche une aide financière pour rembourser plus de 10 000 euros.

Monsieur a une dette d’un montant de 600 euros suite à une facture impayée. Il a besoin d’une aide administrative pour établir un plan de paiement.

Ce neuvième bilan s’appuie sur des chiffres, rapports, statistiques qui montrent que la plupart des indicateurs du social et de la santé à Bruxelles sont au rouge. Une personne sur 20 à Bruxelles dépend du revenu d’intégration sociale (RIS)[2] dont le montant est insuffisant pour subvenir aux besoins de base. Pour de nombreux Bruxellois et Bruxelloises qui travaillent, le niveau des salaires ne suffit pas. En 2024, la part de la population à risque de pauvreté y était 3 fois plus élevée qu’en Flandre et 2 fois plus élevée qu’en Wallonie[3] alors que le logement y est 18% plus cher qu’en Flandre et 31% plus cher qu’en Wallonie[4].

Le numéro vert « Allo ? Aide sociale » est un dispositif important et utile dans la lutte contre le non-recours aux droits sociaux, il permet également de rendre compte des situations singulières, multiproblématiques et souvent urgentes vécues par une part croissante des Bruxellois·es.

 

Contact presse

Pour tout ce qui concerne le bilan, les constats et données chiffrées :

Charlotte Maisin
Chargée de recherche (Fédération des Services Sociaux)
0499 42 72 35 charlotte.maisin@fdss.be

Nous pouvons également vous mettre en contact avec des professionnel·les du dispositif afin de parler plus concrètement des situations rencontrées, et, si nécessaire, organiser une prise d’images lors d’une permanence téléphonique.

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Le dispositif Allo ? Aide Sociale est une initiative de la Fédération des Services Sociaux (FdSS) avec le soutien de la Commission communautaire commune, de la Commission communautaire française et des services sociaux CASG (COCOF), CAP-CAW (COCOM) et CAW Brussel.

Partenaires du projet assurant les permanences téléphoniques :

CASG Centre de Service Social Bruxelles Sud-Est, CAP Brabantia – SS Cureghem, CAP Les Amis d’Accompagner, CASG Service Social Juif, CAP Centre d’Accueil Social Abbé Froidure (Les Petits Riens), CAP Centre Social Protestant, CASG Wolu-services, CASG Espace Social Télé -Service, CAP Services Sociaux des Quartiers 1030, CAP Brabantia – Caritas International, CAW Brussel

[1] Situation extraite du bilan et issue du registre des appels

[2] Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capitale, (2025), « Baromètre social 2024 », Vivalis.brussels, p. 36 Source : SILC

[3] Ibid.

[4] Médor (2024), « Bruxelles rentière », Sources : Observatoire des loyers 2004-2018 & estimations Hugo Périlleux : https://bxl-rentiere.medor.coop/