14/10/2026
Bonjour,
Je me permets de vous écrire parce que je suis maman seule de trois enfants et que je souhaite simplement vous transmettre un témoignage très concret sur la réalité financière de la monoparentalité.
Je ne vous écris pas pour demander une aide particulière, mais parce que je pense qu’il est important que ce que vivent certaines familles puisse être entendu, documenté et, si cela peut être utile, relayé.
Je travaille comme enseignante depuis de nombreuses années.
Malgré mon salaire, malgré le fait que je travaille, malgré une gestion attentive de mon budget, j’en suis arrivée aujourd’hui à ne plus réussir à terminer sereinement mes mois.
Je me retrouve dans cette situation paradoxale que beaucoup de familles connaissent : je gagne trop pour avoir accès à certaines aides, mais pas assez pour m’en sortir sereinement.
Sur le papier, mes revenus peuvent donner l’impression que ma situation est correcte. Dans la réalité, une fois les charges, les enfants, le chauffage, la voiture, les courses, les assurances et les imprévus payés, il ne reste presque plus de marge.
Lorsque l’on élève seule trois enfants, il n’y a pas de deuxième salaire qui arrive à la fin du mois.
Il n’y a pas de second revenu pour absorber une hausse du carburant, une facture de mazout, une réparation de voiture, un précompte plus élevé ou une dépense scolaire imprévue.
Chaque dépense repose sur un seul revenu.
Et lorsqu’un mois est plus difficile, il n’y a pas d’autre salaire dans lequel puiser, pas de marge commune à réorganiser, pas de possibilité de répartir la charge.
Je ne parle pas de luxe ou de dépenses superflues. Je parle des courses, du chauffage, du carburant, des assurances, des frais liés aux enfants, des vêtements, de l’école et des imprévus.
Le prix des courses augmente. Le mazout coûte cher. Le diesel pèse lourd dans mon budget. Les charges augmentent elles aussi.
La voiture, dans ma situation, est indispensable.
Ma journée commence à 6 heures. Je dois conduire mes enfants dans deux écoles différentes avant de me rendre au travail et, l’année prochaine, ce seront trois établissements différents.
Les transports en commun ne constituent pas une solution réaliste pour assurer ces différents trajets et rejoindre mon lieu de travail. Je n’ai donc pas réellement le choix d’utiliser ma voiture.
Chaque hausse du prix du diesel a dès lors un impact direct sur mon budget.
Je pourrais souhaiter remplacer ma voiture par un véhicule plus économique. Je pourrais aussi souhaiter remplacer mon système de chauffage au mazout par une solution moins coûteuse à long terme.
Mais encore faut-il avoir les moyens d’investir.
C’est aussi cela qui me semble particulièrement difficile aujourd’hui : les personnes qui auraient le plus besoin de réduire leurs dépenses n’ont pas toujours la capacité financière de réaliser les investissements qui leur permettraient justement de payer moins.
À cela s’ajoute mon inquiétude lorsqu’il est question de possibles économies ou modifications concernant les allocations familiales.
Pour une famille comme la mienne, ces allocations ne constituent pas un supplément confortable. Elles font partie intégrante du budget qui me permet de répondre aux besoins de mes enfants.
Je constate aussi que certaines charges augmentent d’année en année, comme le précompte immobilier, alors que les mécanismes qui tiennent compte de la présence des enfants ne semblent pas toujours évoluer de la même manière.
Et lorsque le budget ne permet pas de payer toutes les factures dans les délais, une autre spirale peut commencer : rappels, frais de recouvrement, parfois huissier.
On ne peut pas payer à temps parce que le budget est trop serré, puis on finit par devoir payer davantage précisément parce qu’on n’a pas pu payer à temps.
Je sais qu’il existe des personnes dans des situations plus difficiles que la mienne.
Je ne cherche pas à comparer les difficultés ni à prétendre que ma situation est la pire.
Mais aujourd’hui, cette inquiétude financière prend une place considérable dans ma vie.
Je dors mal.
Je me demande comment sera demain.
Je me demande ce qui se passera si une grosse dépense arrive.
Et surtout, je me demande comment continuer à m’occuper convenablement de mes enfants, à leur offrir ce dont ils ont besoin et à leur préserver une enfance la plus sereine possible sans leur transmettre mes inquiétudes.
Je crois que c’est cela que les chiffres ne montrent pas toujours.
Ils ne montrent pas les nuits passées à refaire les comptes.
Ils ne montrent pas la peur qu’une facture imprévue fasse basculer tout le budget du mois.
Ils ne montrent pas ce que ressent un parent lorsqu’il doit réfléchir avant chaque dépense alors qu’il travaille et fait tout ce qu’il peut pour assumer ses responsabilités.
Je pense que beaucoup de parents solos vivent cette situation en silence.
Des personnes qui travaillent, qui assument leurs responsabilités, qui font attention à leurs dépenses, mais qui se retrouvent pourtant de plus en plus fragilisées.
Des personnes qui gagnent trop pour certaines aides, mais pas assez pour vivre sans cette inquiétude permanente.
C’est pour cette raison que j’ai souhaité vous écrire.
Si ce témoignage peut contribuer, même modestement, à mieux faire entendre la réalité des familles monoparentales et à nourrir vos actions ou vos observations de terrain, alors il aura déjà eu une utilité.
Merci sincèrement d’avoir pris le temps de me lire.
Bien cordialement,
V.